{"id":5839,"date":"2017-05-11T11:47:00","date_gmt":"2017-05-11T11:47:00","guid":{"rendered":"https:\/\/cmgmarrakech.com\/?post_type=expositions&#038;p=5839"},"modified":"2024-10-23T19:16:50","modified_gmt":"2024-10-23T19:16:50","slug":"la-memoire-est-un-espace-quon-dessine-a-deux","status":"publish","type":"expositions","link":"https:\/\/cmgmarrakech.com\/en\/expositions\/la-memoire-est-un-espace-quon-dessine-a-deux\/","title":{"rendered":"Abdelaziz Zerrou &#8211; Exposition"},"content":{"rendered":"<p>Il y a des zones de la m\u00e9moire o\u00f9 des bulles d\u2019ombre peuvent s\u2019enfler. Elles prennent l\u2019apparence de perles grisonnantes qui risquent de nous fasciner, pendant qu\u2019elles nous endorment dans une douce s\u00e9duction que l\u2019historien Marc Bloch avait d\u00e9finie comme \u00abl\u2019illusion mortelle d\u2019un \u00e9ternel pr\u00e9sent\u00bb. Le travail que le jeune artiste Abdelaziz Zerrou propose aujourd\u2019hui, \u00e0 l\u2019occasion de son exposition individuelle, semble pousser les prospectives de notre imaginaire pour nous forcer \u00e0 souffler sur ces bulles, et \u00e0 ouvrir les yeux sur un pass\u00e9 qui continue \u00e0 \u00eatre pr\u00e9sent m\u00eame s\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu. Quand Abdelaziz m\u2019a demand\u00e9 d\u2019\u00e9crire un texte qui r\u00e9tablirait son travail dans un cadre historique et social coh\u00e9rent, j\u2019ai commenc\u00e9 depuis ma maison sur la mer Adriatique \u00e0 \u00e9tudier son \u0153uvre, plissant les yeux sur ces images qui, inconnues pour moi, insistaient \u00e0 me dire quelque chose que, m\u00eame si de tr\u00e8s loin, me concernait profond\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>Les images propos\u00e9es par Abdelaziz montrent les sc\u00e8nes d\u2019un pass\u00e9 lointain par rapport \u00e0 ma m\u00e9moire. Elles racontent l\u2019histoire du colonialisme, de la r\u00e9sistance, histoires de supr\u00e9matie et de luttes contre cette supr\u00e9matie, en particulier contre celle perp\u00e9tr\u00e9e par le gouvernement fran\u00e7ais. Histoires de revendication, o\u00f9 le droit d\u2019\u00eatre humain est revendiqu\u00e9 devant celui qui croit pouvoir t\u2019an\u00e9antir apr\u00e8s avoir mis la main sur l\u2019espace et la l\u00e9gitimit\u00e9 de ce dernier.<\/p>\n\n\n\n<p>Histoires qui se r\u00e9p\u00e8tent depuis la nuit des temps, mais jamais de la m\u00eame mani\u00e8re. R\u00e9p\u00e9tition sans m\u00eamet\u00e9. C\u2019est ainsi que l\u2019artiste essaye de nous les raconter selon ses propres techniques. Et moi donc, tout en \u00e9tant si lointaine, si \u00e9trang\u00e8re, dans ces lignes, dans cette chaleur, dans un mouvement du crayon compl\u00e8tement diff\u00e9rent de celui du monotype, depuis ces images je sens revivre la forme d\u2019une pens\u00e9e que dans une certaine mani\u00e8re m\u2019appartient et se rallume, peut-\u00eatre gr\u00e2ce \u00e0 cette technique particuli\u00e8re dont Abdelaziz a r\u00e9alis\u00e9 ses \u0153uvres : encre de chine et poudre noire. Mais comment cela peut \u00eatre, je me demande, pendant que je continue \u00e0 observer ses dessins et j\u2019insiste \u00e0 suivre la route d\u2019une recherche qui glisse in\u00e9vitablement dans la litt\u00e9rature, vers mon monde, ma formation, les cils caressent les \u00e9tag\u00e8res de mon imaginaire, de ce qui est le visage de ma m\u00e9moire et in\u00e9vitablement dans ma t\u00eate se dessinent des mots que j\u2019ai lus et relus, ceux de l\u2019\u00e9crivain Jos\u00e9 Saramago, qui avec Abdelaziz partage l\u2019espace mobile et clair de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Saramago \u00e9crivait dans ses carnets r\u00e9dig\u00e9s dans la solitude de Lanzarote \u00e0 propos de la m\u00e9moire : \u00ab on change de position, on tourne la t\u00eate d\u2019un c\u00f4t\u00e9, on cherche, \u00e0 travers juxtapositions et lat\u00e9ralisations successives des points de vue, \u00e0 recomposer une image qui pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme la n\u00f4tre\u00bb. Comme cela, les images de Abdelaziz ne sont pas une reproduction passive de ces illustrations qui \u00e9taient r\u00e9alis\u00e9es dans l\u2019histoire, mais y retournent la prospective, y montrent une version sym\u00e9trique, comme s\u2019il voulait retourner \u00e0 l\u2019image originaire, celle qui y avait avant de se retrouver noir sur blanc dans le miroir photographique des illustrations de l\u2019histoire. Je pense \u00e0 nouveau aux mots de Marc Bloch. Voil\u00e0 \u00e0 quoi \u00e7a sert l\u2019histoire, \u00e0 nous faire retourner, \u00e0 d\u00e9couvrir les visages, les ombres, la version r\u00e9elle de cette histoire qui nous a toujours \u00e9t\u00e9 racont\u00e9e en tant que syst\u00e8mes de narration marginalisant les Hommes. Et quel langage mieux que l\u2019art peut nous obliger \u00e0 le faire sans nous perdre, \u00e0 dissoudre ces bulles de brouillard et les transformer finalement en conscience. Dans les images de Abdelaziz, il me semble trouver exactement ces hommes, et on peut distinguer son travail d\u2019artiste de celui d\u2019un simple historien, pas seulement car il nous am\u00e8ne dans cette histoire, mais aussi car il arrive \u00e0 peindre un nouveau visage \u00e0 notre m\u00e9moire. \u00c0 ce point, il nous reste que d\u2019essayer de trouver une r\u00e9ponse \u00e0 une ancienne question : qu\u2019est-ce que c\u2019est la m\u00e9moire, si on exclut cet espace arch\u00e9typale et peu convaincant par lequel ils nous confusionn\u00e9s ? Comment peut-on, Abdelaziz et moi, moi d\u2019un c\u00f4t\u00e9, lui de l\u2019autre, nous retrouver dans cet espace de m\u00e9moire, comme si il nous appartenait tous les deux, moi pourtant si loin 3 et lui avec cette histoire in\u00e9vitablement diff\u00e9rente de la mienne ?<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9cemment, en cette lointaine Italie depuis laquelle je vous \u00e9cris, le \u00abpsychiatre\/po\u00e8te\u00bb Massimo Fagioli est d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Il distinguait les \u00eatres humains des animaux parce que les Hommes, s\u2019ils sont humains, ne perdent jamais la m\u00e9moire mais la conservent dans quelques zones cach\u00e9es de soi-m\u00eame, espace privil\u00e9gi\u00e9 qui ne dort pas mais qui devient visible dans les r\u00eaves, ou dans les images que les artistes nous montrent. Artistes comme Abdelaziz Zerrou, artistes qui nous donnent un nouveau sentiment de l\u2019histoire, m\u00e9moire qui devient vivante dans un espace qu\u2019on dessine \u00e0 deux, lui qui la ressuscite, moi qui vit en la retrouvant, elle me pousse \u00e0 perdre quelque chose de vieux, comme un masque en verre qui tombe et nous rend \u00e9tranger dans la m\u00eame mer : la s\u00e9duction mortelle du pr\u00e9jug\u00e9, la m\u00eame qui tra\u00eene nombreux vers l\u2019illusion mortelle du pr\u00e9sent duquel on est parti.<\/p>\n\n\n\n<p>Parce que c\u2019est cela qui fait l\u2019art, celle qui est vraie, authentique, fatigante et pure : elle nous pousse \u00e0 se retourner vers des zones pointues de l\u2019histoire pour nous d\u00e9ranger et nous emp\u00eacher de mourir quand on est encore vivant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Texte de Ilaria Paluzzi Traduit de l\u2019italien par Aglaia Haritz<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>","protected":false},"featured_media":6458,"parent":0,"template":"","class_list":["post-5839","expositions","type-expositions","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"acf":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cmgmarrakech.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/expositions\/5839","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cmgmarrakech.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/expositions"}],"about":[{"href":"https:\/\/cmgmarrakech.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/expositions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cmgmarrakech.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6458"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cmgmarrakech.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5839"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}