« Les peintures réalisées pour l’exposition se caractérisent par une densité extrême. Avec ces grandes toiles, Alaoui convoque l’histoire de la peinture. Les formats monumentaux, la pluralité de figures, la présence de scènes d’intérieur et de draperies diffuses évoquent la peinture d’Histoire. Ici, aucune narration lisible ne s’impose, le sens n’est jamais donné frontalement. L’artiste retient de la tradition non pas son récit, mais son pouvoir d’intensification : le tableau comme monde saturé. Les corps féminins y apparaissent en groupes, en amas, en configurations instables où aucune figure ne se détache définitivement comme centre. Cette stratégie compositionnelle empêche toute appropriation rapide de l’image. Le regard ne peut pas « saisir » un corps isolé ; il est contraint de naviguer dans un champ de relations.
Cette organisation relationnelle engage une critique implicite des traditions de représentation du nu, fondées sur l’isolement, la frontalité et la lisibilité. Or ici, le corps n’est jamais posé pour être vu. Il est en train de faire quelque chose –soutenir, reposer, tomber, replier–et, par son geste, se dérobe. Les figures ne se définissent pas par leur individualité mais par leur coprésence. Ce refus de la frontalité engage une critique du regard comme dispositif de domination. Le corps féminin n’est plus offert comme surface disponible, mais comme relation active, rendant inopérants les schémas classiques de l’objectification. »
Extrait de texte « Éprouver l’image » de Gabrielle Camuset, catalogue d’exposition










