Ma théorie de l’évolution

Abdelkrim Ouazzani

12 Novembre — 10 Décembre 2016

CM Galerie

ABDELKRIM OUAZZANI :
L’ARTISTE QUI FAIT QUE SES POÈMES-OBJETS DEVIENNENT SIGNES. OU: LE BIEN DICIBLE PARADIS DES OBJETS ET DES CHOSES

Pureté constante, simplicité, dépouillement. Sobrieté à toute épreuve, mais nulle indigence. Sobriété jubilatoire. Retenu, modération, tempérance pour les formes. Nul verbiage. Superbe laconisme. On pourrait dire que Abdelkrim Ouazzani est un aphoriste de la peinture et de la sculpture. Selon le magnifique proverbe marocain que je traduis librement ainsi : « Ce que l’on peut allonger, on doit pouvoir le raccourcir ». Équilibre, harmonie. Art minimal mais nullement minimaliste. Structures élémentaires de la vie et des choses. Nulle primitivité. Nul brio. Nul naïvisme béat. Oralité admirable des choses et des objets. Sainte oralité des choses.

On est tout le temps dans le pensable, et jamais dans l’impensable, ou l’abstrait débridé. On est d’emblée propulsé dans un monde rassurant.

Nul barbarie.

Objets exquis.

C’est un art heureux.

Mon Dieu, tous ces artistes, quelle puissance d’inquiétude! Pourtant on ne sent rien de tel chez Ouazzani.

La peinture, la sculpture, la sculpture-peinture de Abdelkrim Ouazzani respirent la vérité et l’authenticité.

Chez Abdelkrim Ouazzani, nul sur-objet, seulement des objets humbles, magnifiques d’humilité.

Absence totale du savoir, je dirais de savance. Pourtant, l’intelligence ne fait jamais défaut.

À aucun moment l’inintelligibilité et l’indécidable ne menacent. L’intelligence de l’objet et celle de l’artiste convergent parfaitement. Deux lunes se posent sur une échelle problématiquement double, en

largeur, laissant en place une autre lune dans le ciel tout proche. Un enfant mécanique.

Un enfant à la tête penchée.

Un oiseau métallique.

Le poisson sous-marin mécanique.

C’est reconnaissable sans peine.

Ces animaux sympathiques qui jubilent de simplicité!

Ces objets innocents, innocents de tout, innocents de toute théorie, de tout art pesant : on jurerait qu’ils sont en voyage paisible dans je ne sais quel royaume de la forme.

De temps à autre, ces poèmes-objets se font signes. Ces objets communiquent non par l’étonnement, mais par l’accointance et la compréhension.

Poème toi-même! Voici le genre d’insultes gentillettes que les objets peuvent se lancer l’un à l’autre, et réciproquement!

Entre ces objets, nul méchant secret, et même nul secret tout court. Entre eux des rapports limpides.

Ces animaux mécaniques sympathiques avec lesquels je pourrais partager mes jours.

Ces animaux mécaniques sympatiques qui semblent porte la vie.

Il dit tout par le métal heureux.

La peintre-sculpteur ressemble à ses œuvres : il est effilé, ténu. Humble. Puisse-t-il me pardonner pour cette audieuse comparaison! Les œuvres de Ouazzani me renvoient assurément comme à une image supérieure de l’existence et même de la vie, très rassurante. Et par les temps qui courent qui sont à l’angoisse et même à la terreur, ce n’est pas peu de choses. 

Texte de Abdelmajid Benjelloun, Poète, dans le cadre de l’exposition « Peinture Sculpture » à Conakry, février 2000

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